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J'ai entendu dire que pour concevoir une voiture électrique, il faut utiliser des matériaux rares et que leur extraction pollue beaucoup. De plus, les batteries de ces voitures électriques ne seraient pas recyclables, ce qui serait également polluant. Est-ce vraiment le cas ?


Réponse : Joeri van Mierlo, professeur à la VUB, directeur du centre de recherche MOBI - Mobility, Logistics and automotive technology research centre (*)

Les voitures électriques émettent deux fois moins de gaz à effet de serre que les voitures à essence ou diesel si l'on tient compte des émissions moyennes pour la production d'électricité en Europe. En Belgique, c'est même 3 à 4 fois moins, et si l'on utilise des sources d'énergie renouvelables comme l'énergie éolienne et solaire, c'est plus de 10 fois moins. Utiliser du charbon ou du pétrole pour produire de l'électricité afin de charger la batterie d'une voiture électrique n'est pas satisfaisant, car cela émet alors à peu près la même quantité de gaz à effet de serre que les voitures à essence et diesel.

Ces chiffres sont basés sur une analyse du cycle de vie (ACV). Une telle analyse scientifique prend en compte non seulement les émissions au pot d'échappement du véhicule, mais aussi la production de carburant ou d'électricité (émissions « du puits à la roue ») ainsi que l'extraction des matières premières pour la production du véhicule et des matériaux qui peuvent éventuellement être recyclés et réutilisés à la fin de la vie du véhicule. Selon le comptage « du puits à la roue », les véhicules électriques émettent quatre fois moins de poussières fines et 20 fois moins d'oxydes d'azote (NOx). C'est bon pour la qualité de l'air et pour notre santé.

Cependant, il est important de veiller à ce que les précautions nécessaires soient prises lors de l'extraction des matières premières en Afrique, en Amérique du Sud ou en Chine, telles que l'absence de travail des enfants et un bon niveau de sécurité lors de l’extraction des matières premières. La pollution des sols due à l’extraction et au traitement de minerais est un problème réel notamment dans des régions instables où cette activité est ou a été mal contrôlée, en particulier au Congo. Un effet négatif du cobalt sur la santé des enfants a été documenté [5]. Les constructeurs automobiles européens y sont cependant attentifs. En ce qui concerne le cobalt, ils requièrent une certification des conditions de production par les fournisseurs. Le problème ne vient pas spécifiquement des voitures électriques, mais des conditions de travail et de l'absence de protection de l'environnement dans certaines régions.

Dans le même temps, de nouvelles batteries au lithium, moins gourmandes en cobalt, sont en cours de développement. Diminuer l’usage de ressources minérales est également avantageux pour le prix des batteries. Enfin, le recyclage des matériaux est essentiel. Par exemple, Umicore a construit une usine à Hoboken pour recycler les batteries au lithium.

Pour réduire la pollution, et en particulier les émissions de gaz à effet de serre, il est donc essentiel de faire appel à des sources d’électricité renouvelables pour charger le véhicule, et aussi pour produire la batterie. L'utilisation des véhicules routiers est actuellement dominante par rapport aux autres modes de transport et a augmenté en Belgique au cours des dix dernières années : ce mode de déplacement n’est pas près de disparaître, et la réduction de son impact sur l’environnement est donc nécessaire. Cependant, aucun véhicule actuel n’est « zéro émissions ».  Pour cette raison, il est important de réduire les émissions en utilisant des véhicules de taille adaptée : l’autonomie des véhicules électriques peut maintenant atteindre 500 km, mais beaucoup d’usages peuvent se faire avec des véhicules et batteries plus petits – cela fait autant de pollution en moins à la fabrication et un véhicule plus léger à l’utilisation. Plus globalement, il y a évidemment d’autres moyens de réduire la pollution due au trafic : diminuer les besoins de déplacements (télétravail, aménagement du territoire), utiliser des transports en communs électriques ou le vélo…

 (*) http://mobi.vub.ac.be/mobi/team-member/prof-dr-joeri-van-mierlo

Pour plus d'information :

Références scientifiques en anglais :
[1] https://www.mdpi.com/1996-1073/7/3/1467
[2] https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352146517305513
[3] https://link.springer.com/article/10.1007/s11367-014-0788-0
[4] https://www.transportenvironment.org/publications/electric-vehicle-life-cycle-analysis-and-raw-material- availability
[5] https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0013935109000814
[6] http://mobi.vub.ac.be/mobi/news/electric-driving-sparking-your-interest/
[7] http://mobi.vub.ac.be/mobi/news/electric-vehicles-dust-is-coming-from-the-netherlands/

Note :

Toutes les réponses sont susceptibles d’être complétées ou adaptées dans le futur si de nouveaux éléments le nécessitent. Il serait cependant difficile de traiter en une seule réponse tous les sujets liés, c’est à dire toutes les alternatives aux véhicules à essence ou diesel. Cette réponse est la première que nous publions. Nos procédures d’élaboration et d’approbation des réponses sont donc encore expérimentales. Cette réponse a été relue par Philippe Marbaix (UCL), Sara Vicca (UAntwerpen), Patrick Brocorens (UMons) et Michel Crucifix (UCL). Le texte est sous la responsabilité de son auteur.

Langue d'origine : néerlandais